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Jean-Paul Ier (1978 - 1978)

263e Pape de l'Eglise Catholique

Dernière mise à jour : lundi 18 mai 2020 à 07:08

 

 

Le 26 août 1978, au soir d’une admirable journée d’été, le cardinal Felici annonçait à l’Église de Rome une grande joie pour la Ville et le monde entier, l’élection au souverain pontificat du patriarche de Venise, le cardinal Albino Luciani, qui prenait le nom de Jean-Paul Ier.

 

Albino Luciani était né le 17 octobre 1912 à Forno di Canale, dans les Dolomites. Il avait été ordonné prêtre à l’âge de vingt-deux ans, le 7 juillet 1935. Un parallèle rigoureux, étonnant, avec Giuseppe Sarto, qui devint Pape et fut porté sur les autels sous le nom de Pie X, s’impose, à soixante-quinze ans de distance. Issus l’un et l’autre de familles pauvres, très pauvres, de Vénétie, tous deux sont entrés au petit puis au grand séminaire de leur diocèse rural. Au lendemain de leur ordination, ils sont devenus modestement vicaires et, au bout de quelques années, ils ont été appelés à la curie épiscopale, celui-ci directeur spirituel du séminaire de Mantoue et chancelier, celui-là vice-recteur du grand séminaire de Belluno et professeur en toutes matières, et cumulant bien d’autres fonctions, dont celle de vicaire général du diocèse en 1954. Vingt ans d’exact ministère, de dévouement aux âmes, aux vrais pauvres, jusqu’à y perdre leur santé, accompagnés de la silencieuse admiration et du respect de tous.

En 1884, don Sarto fut nommé évêque de Mantoue, à cinquante ans. En 1958, le 15 décembre, don Luciani, à quarante-six ans, sera évêque de Vittorio Veneto, sacré à Saint-Pierre de Rome le 27 décembre, par Jean XXIII. À l’instar de saint Charles Borromée, il choisit pour devise Humilitas. Comme Mgr Sarto à Mantoue, comme tous les saints évêques des temps passés, il trouva des routines à secouer, des décisions à prendre pour un meilleur apostolat, pour une piété plus ardente, un souci plus poussé de la formation doctrinale des prêtres, des séminaristes, des religieux diocésains, des laïcs. Il trouva aussi des désordres, parfois des scandales financiers à sanctionner. Mgr Luciani s’y employa en jeune évêque, avisé, énergique, réformateur au sens ancien du mot.

 

Mgr Luciani se rendit à Venise lorsque la châsse de saint Pie X, venue de Rome, fut honorée et vénérée dans la basilique Saint-Marc, par un peuple en liesse, au printemps 1959. Dans plusieurs homélies, prononcées à Vittorio Veneto, il exprima son admiration pour toutes les œuvres du saint, particulièrement pour ses combats politiques contre la franc-maçonnerie. (...)

Dans une autre homélie sur “ le Pape du catéchisme et de l’Eucharistie ”, Mgr Luciani évoquait l’affliction de la très Sainte Vierge. À la même époque, sœur Lucie déclarait au Père Fuentes : » La Vierge Marie est bien triste »...

En 1959, au cours des mois qui précédèrent la consécration solennelle de l’Italie au Cœur Immaculé de Marie, la statue de Notre-Dame de Fatima, entourée de la radieuse escorte des colombes qui faisaient l’émerveillement des foules, poursuivit une marche triomphale dans toute la péninsule. Ce fut alors que Mgr Luciani manifesta sa dévotion à la Vierge de Fatima. Il exhorta vivement ses diocésains, dans sa lettre du 15 juin 1959, à accomplir le pèlerinage auprès de cette statue :

« Pour que les âmes soient préparées à cet important événement, j’ai décidé, il y a quelque temps, que l’on mette à profit la prédication du mois de mai ; j’ai également encouragé la consécration de chaque paroisse au Cœur Immaculé de Marie ; et, aujourd’hui, je vous recommande le pèlerinage à la statue de Notre-Dame de Fatima qui, de ville en ville, portée par les ailes de l’hélicoptère et par l’amour de millions d’âmes, dans un triomphe croissant de la foi, est en train de s’approcher de nous.

« Elle sera le 12 juillet à Trévise et le 16 à Belluno. J’ai hâte de me rendre dans ces deux villes, avec le plus grand nombre possible de prêtres et de fidèles, pour consacrer, à Belluno, le doyenné de Mel et, à Trévise, tout le reste du diocèse, à la Sainte Vierge.

« Je suis sûr que vous serez nombreux à m’accompagner pour accomplir cet acte de piété filiale et d’amour. Mais plus que le nombre, c’est l’esprit qui m’importe. Nous irons visiter celle qui, à Fatima, a dit et répété : “ Priez et repentez-vous ! ” Celle qui, pour rendre plus impressionnant le message, a fait tourner trois fois le soleil devant un très grand nombre de personnes. »

Le Concile s’inscrivit tout naturellement dans cette grande et belle activité pastorale. Mgr Luciani y prépara ses diocésains, les appelant à la prière, à la pénitence aussi, pour que ce Concile porte des fruits de grâce et procure à l’Église le renouvellement attendu, dans la ligne de la régénération doctrinale et scripturaire, liturgique et canonique entreprise par Pie XII. Il était temps de moissonner ce qu’il avait semé : redressement doctrinal, renouveau liturgique, adaptation pastorale à la société moderne... C’est ce que nous espérions tous du Concile. (…)

L’évêque de Vittorio Veneto suivit cet aggiornamento avec ferveur, avec confiance, donnant à tout une interprétation systématiquement bienveillante. La manière dont il en expliqua les Actes à ses diocésains et dont il les mit en œuvre montre qu’il n’en retint que le bon, et en oublia le discutable ou le mauvais... la question de la liberté religieuse mise à part.

LE PATRIARCHE DE VENISE

Mgr Luciani est nommé patriarche de Venise le 15 décembre 1969. Il est animé par le même Esprit que son saint prédécesseur don Sarto. Ignoré de tous, il décida de ne rien changer dans sa doctrine traditionnelle, son réformisme bien tempéré, son mode de vie pauvre, modeste, et sa prédilection pour les petits et les malheureux ; il étonnera et scandalisera la ville aristocratique par son incomparable douceur et simplicité, ses gros souliers de montagnard, sa bicyclette, ses allées et venues en vaporetto...

Mais il s’aliénera plus gravement les prêtres progressistes de la banlieue industrielle par son apostolat populaire totalement contraire à leurs perspectives de lutte des classes et de matérialisme social... qui réussit mieux que le leur. (…) Il s’opposera aussi au capitalisme crapuleux de la maffia milanaise et vaticane qui venaient d’escroquer, en 1971, la Banca Cattolica del Veneto. Mgr Marcinckus était directement impliqué puisqu’il venait de vendre, à l’insu des évêques de Vénétie, cette honnête et cléricale banque, la “ banque des prêtres ”, à un franc-maçon notoire, qui l’avait transformée en maison de passe et de blanchiment de l’argent, de la drogue et autres saletés...

Profondément indigné par un si grave scandale, le cardinal Luciani alla à Rome pour réclamer justice. Mgr Marcinkus le mit à la porte de son bureau en lui recommandant de s’occuper de ses ouailles et non des banques… Dès lors le patriarche ne cachera pas sa pensée : » Je ne veux rien faire avec le Vatican ! Il y a le diable au Vatican ! »

Il retourna à Venise et continuera d’aller tranquillement son droit chemin, cachant sous un sourire de jour en jour plus héroïque, la tristesse, la souffrance des blessures qu’il reçoit de ses prêtres, de ceux qu’il veut aimer et servir comme des frères et des amis. Créé cardinal en 1973, notre jeune et dynamique patriarche réagit vigoureusement contre les campagnes scandaleuses de son clergé attaquant la récitation du Rosaire. C’est une première convergence de l’humble cardinal, encore inconnu du monde, et de la carmélite de Coïmbre, sœur Marie-Lucie de Jésus et du Cœur Immaculé qui, au même moment, dénonce dans sa correspondance les campagnes de dénigrement des progressistes contre le chapelet.

Plusieurs événements providentiels vont conduire le cardinal Luciani à manifester sa piété pour Notre-Dame de Fatima, en 1977, lors du soixantième anniversaire des apparitions. À cette époque, les révélations de Fatima étaient plus que jamais bafouées à Rome. (...) Le 5 janvier, il fit lui-même, dans la basilique Saint-Marc, à l’heure des vêpres, un sermon sur Fatima qui émut toute l’assistance. Sa narration des événements de 1917 était détaillée, captivante, et toucha les cœurs. (...) Il critiqua la thèse du Père Dhanis, jésuite moderniste qui jetait la suspicion sur le témoignage de sœur Lucie, mais c'est sa rencontre avec celle-ci qui lui permettront d'en comprendre la fausseté radicale.

ALBINO – LUCIA : LA RENCONTRE DE DEUX SAINTS

Et voici grande merveille... la rencontre de ces deux saints le 11 juillet 1977, un an avant l’élection du patriarche au souverain pontificat. Cela se fit comme d’un saint François de Sales et d’une sainte Jeanne de Chantal. Sans préambule, machination ni savantes stratégies d’approche. Ce fut si simple. Le confesseur du cardinal Luciani, le P. Leandro Tiveron, lui proposa d’accompagner un pèlerinage du diocèse de Venise à Fatima, organisé en l’honneur du soixantième anniversaire des apparitions de Notre-Dame : » Oui, je viendrai volontiers, répondit-il avec enthousiasme, c’est un désir que je porte dans mon cœur depuis longtemps. C’est une promesse faite à la Madone. » (…)

 

Le 10 juillet 1977, il était donc à Fatima, participant à la concélébration solennelle, devant plus de vingt mille pèlerins. Il fit l’homélie, voici la jolie parabole qui en fournit le thème, tellement dans la manière du cardinal Luciani :

« Des âmes, après leur jugement particulier, arrivent à la porte du Ciel et veulent y entrer. Saint Pierre, derrière la porte, leur demande d’attendre. Il ne trouve plus la clé. Il la cherche en vain quand l’âme d’une pieuse femme, mise au courant, s’exclame : “ Moi, j’ai la clé pour ouvrir ! ” Elle montre son chapelet, glisse la petite croix du chapelet dans la serrure. La porte s’ouvre. » Et le cardinal de conclure : » C’est votre chapelet qui vous ouvrira la porte du Ciel. »

Cela dit dans un ineffable sourire, il cite les prières de l’Ange et les paroles de la Sainte Vierge :

« Les paroles et les demandes de la Sainte Vierge aux pastoureaux sont comme un cri qui revient dans chaque apparition, en cette année si chargée de malheurs pour l’humanité. Notre-Dame demande de prier, de faire pénitence, d’accomplir des sacrifices en réparation des offenses faites à son Fils Jésus et à son Cœur Immaculé.

« Récitons, nous aussi, le chapelet, seuls ou en famille.

« Frères et sœurs, des nuages noirs de tempête passent au-dessus de l’humanité. Notre cœur est troublé. La Sainte Vierge a dit cependant aux enfants de Fatima, lors de l’apparition du 13 juillet : “ À la fin mon Cœur Immaculé triomphera. Le Saint-Père me consacrera la Russie qui se convertira et il sera donné au monde un certain temps de paix. ” » (…)

Le 11 juillet au matin, alors qu’il venait de concélébrer la messe dans la chapelle des carmélites, la religieuse fit savoir, par sa Mère prieure, qu’elle désirait ardemment lui parler. Surpris et subitement intimidé, déjà comme d’une Annonciation, le cardinal répondit qu’il saluerait volontiers sœur Lucie. (…) Notre-Dame a voulu ménager cette entrevue entre son serviteur et sa messagère, car lui-même n’aurait pas, dans son extrême humilité, songé à demander ce parloir. (…) Leur entretien se prolongea près de deux heures. Il en sortit le visage blême, en proie à une vive émotion. Éludant toutes les questions indiscrètes, il confiera bientôt aux siens :

« Je dois retourner à Fatima, je veux parler à la Madone. Sœur Lucie m’a laissé un gros souci sur le cœur. Désormais, je ne pourrai plus oublier Fatima. »

Quelques jours plus tard, sous le titre “ À Fatima... avec sœur Lucie ”, le patriarche publia un compte rendu de son entrevue dans l’hebdomadaire de Venise, Gente Veneta, exprimant une vénération pour la messagère de Notre-Dame :

« Sœur Lucie a soixante-dix ans, mais elle les porte vaillamment, comme elle me l’a assuré elle-même en souriant. Elle n’a pas ajouté, comme Pie IX, “ Je les porte si bien, mes années, que je n’en ai laissé tomber aucune. ” Le caractère jovial, l’aisance de parole, l’intérêt passionné que sœur Lucie manifeste envers tout ce qui regarde l’Église d’aujourd’hui ,avec ses graves problèmes, sont la preuve de sa jeunesse d’esprit. »

Mais voici l’important : » Sœur Lucie ne m’a pas parlé des apparitions. » Alors, de quoi se sont-ils donc entretenus familièrement, deux heures durant ? eux qui ne se connaissaient pas, et n’avaient jamais communiqué leurs secrets ainsi !

Il finira bien par s’en ouvrir à ses intimes. Au début de l’année 1978, il prêcha le Carême dans son pays natal, à Canale d’Agordo. Son frère Edoardo et sa belle-sœur, qui le recevaient, observèrent son air absorbé, soucieux, impénétrable. Le 27 février, pendant le dîner, sa belle-sœur remarqua qu’il était très pâle et paraissait angoissé.

Il s’excusa, prit son bréviaire et, sans donner d’explication, se retira dans sa chambre. Le lendemain soir, même indisposition. Madame Luciani lui demanda si la nourriture qu’elle lui servait en était la cause. Le cardinal répondit : » J’étais en train de penser à ce que sœur Lucie m’a dit à Coïmbre. »

Il répéta encore deux fois : » Sœur Lucie m’a dit... » Sans achever sa phrase.

« Plus tard, expliquera Edoardo Luciani, lorsque nous avons rassemblé toutes les allusions faites par mon frère, tout est devenu clair. La voyante lui avait annoncé quelque chose qui concernait non seulement l’Église, mais aussi sa propre vie, le destin que Dieu lui préparait. »

En fait, le « destin » du cardinal Luciani ne faisait qu’un avec celui de l’Église. Mais le 

 
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