Vie des Saints >> SAINT ALEXANDRE, ÉVEQUE DE JÉRUSALEM

SAINT ALEXANDRE, ÉVEQUE DE JÉRUSALEM

(L'an de Jésus Christ 251, sous l'empire de Décius) fêté le 12 décembre Nous n'avons point les actes de saint Alexandre, évêque de Jérusalem et martyr; mais nous avons cru pouvoir y suppléer en quelque sorte par ce recueil de diverses particularités concernant sa vie et sa mort, que nous avons tirées d'Eusèbe, et des autres anciens auteurs de l'Histoire ecclésiastique.

On ne sait rien de positif de son pays, ni de la manière qu'il passa les premières années de sa vie; et les historiens nous le montrent tout d'un coup dans les fers,combattant pour Jésus Christ, sous le règne et durant la persécution de Sévère, environ, l'an 204. Au reste, nous aurions assez de penchant à croire qu'il était pour lors évêque dans la province de Cappadoce, si ce sentiment pouvait s'accorder avec une lettre qu'il écrivit en ce temps-là de sa prison au peuple d'Antioche, au sujet de l'ordination d'Asclépiade, dans laquelle il ne prend pas la qualité d'évêque, mais simplement celle de serviteur et de prisonnier de Jésus Christ.

Après la mort de Sévère, la paix ayant été rendue à l'Église, Alexandre étant déjà évêque en Cappadoce, mais d'une Église dont on ignore le nom, fit un voyage à Jérusalem pour y rendre ses voeux au tombeau de notre Seigneur. Il y arriva dans le temps que Narcisse, évêque de cette ville sainte, et de retour depuis peu dans son Église après une fort longue absence, la gouvernait à l'âge de près de cent ans.
Ce saint vieillard, croyant n'avoir plus assez de force pour soutenir lui seul le pesant fardeau de l'épiscopat, jeta les yeux sur Alexandre, pour s'en décharger sur lui d'une partie. La chose réussit comme il l'avait projeté. Alexandre fut retenu à Jérusalem, et avec l'applaudissement du clergé et du peuple placé sur le même trône avec Narcisse par les évêques de la province. A la vérité, il fut nécessaire que le ciel se déclarât en faveur de cette élection par des révélations divines, qui portèrent le peuple et le clergé à la faire, et par divers miracles qui la confirmèrent.

Et certainement une chose aussi extraordinaire que celle-là, et si formellement opposée aux canons et à l'usage, devait avoir de pareils garants pour n'être pas condamnée par les autres Églises. Rufin s'étant beaucoup sur ces révélations; car, après avoir parlé de l'arrivée de saint Alexandre à Jérusalem: il ajoute que le ciel déclara sa volonté évidemment par des révélations et des signes miraculeux: non-seulement au bienheureux Narcisse, mais aussi à plusieurs personnes du peuple; que celui qui parut le plus manifeste et le plus éclatant fut celui-ci. Le jour qu'Alexandre devait arriver à Jérusalem, plusieurs fidèles étant sortis hors d'une des portes de la ville pour le recevoir, l'on entendit distinctement une voix venant du ciel qui proféra ces paroles: "Recevez pour votre évêque celui que Dieu Lui-même vous a destiné.
Mais ce ne furent pas seulement ces prodiges et ces révélations qui contribuèrent à élever saint Alexandre sur le trône épiscopal de Jérusalem; la glorieuse confession qu'il avait faite du nom de Jésus Christ ne fut pas un motif moins puissant pour y déterminer les évêques et le peuple. Eusèbe a pris soin de nous marquer ce motif, en même temps qu'il nous marque l'année de cet événement. Sévère, dit cet historien, ayant tenu l'empire dix-huit ans, le laissa par sa mort à son fils Antonin, surnommé Caracalla, par la manière bizarre dont il s'habillait ordinairement.Ce fut pour lors qu'Alexandre, du nombre de ceux qui avaient généreusement combattu durant la persécution, et qui par une providence particulière avaient survécu à la cruauté des bourreaux et à la rigueur des tourments fut élevé à l'épiscopat en considération de cette généreuse et fidèle persévérance à confesser Jésus Christ, quoique Narcisse qui en était évêque fût encore en vie.
A la vérité, Alexandre doit plutôt être nommé successeur que coadjuteur de Narcisse comme Alexandre semble l'insinuer lui-même dans sa lettre au peuple d'Antinoé. Narcisse, leur dit-il, vous salue, cet illustre vieillard âgé de cent seize ans, qui avant moi a rempli si dignement le siège de Jérusalem; d'où l'on pourrait conclure qu'on aurait conservé à Narcisse le nom d'évêque et les honneurs de l'épiscopat, mais qu'Alexandre en aurait eu l'autorité et la juridiction: qu'il aurait exercée non pas au nom de l'ancien évêque, mais en son propre nom et par le droit de son élection et de sa consécration. Après tout: il faut avouer de bonne foi que presque tous les anciens auteurs ont dit qu'Alexandre avait été l'adjoint de Narcisse et son collègue dans l'évêché de Jérusalem.
Dieu couronna d'un glorieux martyre les travaux qu'Alexandre avait essuyés durant plusieurs années dans le gouvernement de ses deux Églises; car Philippe qui fut toujours favorable aux chrétiens après avoir tenu l'empire sept ans, ayant eu pour successeur Décius, ce nouvel empereur, en haine de Philippe, excita contre l'Église une nouvelle persécution. Elle enleva d'abord à Rome le pape saint Fabien, à la place duquel on élut saint Corneille. S'étant ensuite étendue dans la Palestine, Alexandre fut cité devant le président de la province. La, ayant remporté une nouvelle gloire pour avoir confessé Jésus Christ une seconde fois, il fut jeté en prison, quoique ses cheveux blancs et la pureté de ses mœurs le rendissent vénérable à tout le monde: il y expira, après avoir persévéré jusqu'à la fin dans le témoignage authentique qu'il rendit plus d'une fois en plein tribunal à la vérité de la religion chrétienne.